L’emprunt immobilier est souvent l’investissement d’une vie. Par contre, ce qui est moins connu est qu’à l’intérieur de celui-ci se cache parfois le deuxième investissement d’une vie : l’assurance emprunteur ! Ainsi, au même titre que le choix du bien immobilier ou du crédit l’accompagnant, votre intérêt est d’optimiser l’assurance emprunteur, afin de protéger votre investissement sans vous ruiner. Etes-vous prêt à devenir un emprunteur éclairé ? Si oui, suivez ce guide !
Comprendre l'assurance emprunteur
Avant de partir à la chasse de l'assurance emprunteur la moins chère du marché, il faut bien comprendre à quoi sert l'assurance emprunteur et quel type d'assurance vous avez besoin.
➡️ Parce qu'un crédit immobilier se rembourse généralement sur des périodes de temps longues, plus de 15 ans en moyenne, aucun emprunteur n'est en mesure de prédire avec certitude que ses capacités de remboursement seront intactes sur cette période. L'assurance emprunteur vise donc à prendre le relais de l'emprunteur en cas d'imprévu.
En effet, de nombreuses situations peuvent mettre à mal votre capacité de remboursement :
- Perte d'emploi
- Maladie invalidante
- Accident
- Décès
- Etc…
Pour couvrir ces risques, l'assureur emprunteur est donc la solution à double titre :
- Pour la banque : quoi qu'il arrive, la banque est certaine de récupérer la somme prêtée et peut donc développer son activité de crédit, notamment la gestion du risque, dans un cadre régulé
- Pour vous : en cas de recours à l'assurance, elle vous protège ainsi que votre famille de la ruine financière, de transmettre une dette à vos enfants ou encore de devoir revendre votre bien dans des conditions non optimales
Bref, l'assurance emprunteur joue un rôle central dans la réussite de votre projet immobilier, et à ce titre, son rapport coût / protection doit être étudié avec beaucoup de sérieux. Et pour cela, je vous propose de rentrer dans le vif du sujet !
Les deux garanties incontournables : décès et PTIA
Au minimum, toutes les assurances emprunteurs du marché possèdent les deux garanties suivantes :
- Garantie décès : en cas de décès de l'assuré, l'assurance rembourse le capital restant dû à la banque. Les héritiers n'ont donc rien à payer et le bien leur revient libre de toute charge
- Garantie Perte Totale et Irréversible d'Autonomie (PTIA) : si l'assuré se retrouve dans un état de santé tel qu'il est incapable d'exercer toute activité professionnelle ET qu'il a besoin d'une assistance constante d'une tierce personne pour les actes quotidiens de la vie (se laver, s'habiller, se nourrir, se déplacer), alors l'assurance rembourse le capital restant dû, exactement comme en cas de décès
Pour résumer, toutes les assurances emprunteurs du marché protègent contre les deux scénarios les plus redoutés. Et c'est bien normal ! Par contre, si vous souhaitez une meilleure couverture, quitte à payer plus cher, il faut vous pencher vers les garanties complémentaires.
Les 4 garanties complémentaires : ITT, IPT, IPP, et l'option "perte d'emploi"
A côté du “socle” des garanties décès et PTIA, d'autres garanties peuvent être ajoutées, en fonction des besoins de l'assuré et des exigences de la banque pour financer le projet. En premier lieu, nous avons donc trois garanties complémentaires liées à l'incapacité physique de travailler :
- Incapacité Temporaire Totale de Travail (ITT) : si un événement, par exemple un accident de voiture ou une opération, vous empêche de travailler pendant plusieurs mois, cette garantie prend en charge le paiement des mensualités
- Invalidité Permanente Totale (IPT) : cette fois, si l'évènement en question a des conséquences plus graves, par exemple un taux d'invalidité supérieur à 66%, et que par conséquent vous ne pouvez pas reprendre le travail, alors cette garantie entre en jeu
- Invalidité Permanente Partielle (IPP) : si le taux d'incapacité est inférieur à 66% et induit des contraintes sur votre reprise du travail, le but de cette garantie est de participer partiellement au remboursement des créances, en prenant pour référence le taux d'incapacité de l'assuré
Ensuite, la dernière garantie complémentaire concerne le cas particulier de la perte d'emploi :
- Perte d'emploi : 100% optionnelle et coûteuse, elle prend en charge une partie du remboursement des mensualités en cas de licenciement économique ou pour cause réelle et sérieuse. La rupture conventionnelle ou la démission ne sont donc pas couvertes ! De plus, il faut savoir qu'il existe généralement un délai de carence et un délai de franchise, ainsi qu'un délai maximal de couverture. Bref, il n'est pas toujours évident de se prononcer sur son rapport qualité / prix.
Les 4 leviers pour optimiser son assurance de prêt
Maintenant que vous êtes incollable sur le contenu d'une assurance de prêt, il est l'heure de passer à l'action ! Voici 4 stratégies à connaître pour bien se décider.
La loi Lemoine
Depuis 2022, cette loi est l'amie des emprunteurs, car elle leur permet de résilier leur assurance de prêt à tout moment et sans frais. Fini la mainmise des banques, l'assurance emprunteur est maintenant un produit comme un autre, et vous pouvez en changer pratiquement comme de chemises ! Ainsi, à garanties égales, votre banque est obligée d'accepter le changement, d'où l'intérêt de toujours faire jouer la concurrence pendant toute la durée de vie du crédit immobilier.
Préférez la délégation d'assurance au contrat groupe
Pour être concret, grâce à la loi Lemoine, vous pouvez maintenant facilement déléguer votre assurance, c'est-à-dire choisir un assureur de votre choix, plutôt que de choisir l'assurance de votre banque, c'est-à-dire le contrat groupe. Le tableau ci-dessous résume la situation :
| Caractéristiques | Contrat groupe de votre banque | Délégation d'assurance |
|---|---|---|
| Description | Offre standardisée et mutualisée proposée par la banque. Un contrat collectif pour tous les clients. | Contrat individualisé et personnalisé, souscrit auprès d'un assureur indépendant de votre banque. |
| Tarification | Basée sur une moyenne de risque de tous les assurés. Le tarif est généralement fixe, calculé sur le capital initial. Moins de personnalisation. | Personnalisée selon votre profil (âge, santé, profession, statut fumeur/non-fumeur). Tarif généralement dégressif, calculé sur le capital restant dû. |
| Avantages | Simplicité et rapidité de souscription. Parfois plus avantageux pour les profils à risque aggravé grâce à la mutualisation. | Coût souvent bien plus faible (surtout pour les profils jeunes et en bonne santé). Garanties plus souples, plus modulables et adaptées à vos besoins spécifiques. |
| Inconvénients | Coût souvent plus élevé, surtout pour les profils jeunes et en bonne santé. Garanties standardisées, moins adaptées aux situations particulières. Moins de souplesse. | Nécessite une démarche active (comparaison, soumission du dossier à la banque). Peut prendre un peu plus de temps. |
Taux capital initial VS taux sur capital restant dû
C'est un peu technique, mais il s'agit d'une question à plusieurs milliers d'euros. Pour résumer, vous devez vérifier sur quoi porte le taux d'intérêt de votre assurance emprunteur :
- Calcul sur le capital initial : le taux d'assurance est appliqué chaque mois sur la totalité du capital que vous avez emprunté, peu importe les remboursements déjà effectués
- Calcul sur le capital restant dû : le taux d'assurance est appliqué chaque mois uniquement sur le capital qu'il vous reste à rembourser.
Sans surprise, les banques ont tendance à privilégier la première option, au contraire des assureurs indépendants. Or, la différence de coût est très réelle, comme le montre le tableau suivant pour un prêt de 250 000€ sur 20 ans avec un taux d'assurance de 0,25% :
| Méthode de calcul | Mensualité d'assurance au début du prêt | Mensualité d'assurance à mi-parcours (ex: après 10 ans) | Coût total estimé sur 20 ans |
|---|---|---|---|
| Capital initial | 52,08 €/mois (0,25% de 250 000€/12) | 52,08 €/mois | Environ 12 500€ |
| Capital restant dû | Environ 52,08 €/mois | Environ 26,04 €/mois (sur un capital d'environ 125 000€) | Environ 6 500€ |
La quotité, pour les co-emprunteurs
Si vous achetez en couple, ou avec des co-emprunteurs, vous pouvez partager le coût de l'assurance de prêt, en fonction du pourcentage de capital emprunté par chacun. C'est la quotité. Toutes les possibilités sont sur la table et dépendent de votre situation, mais voici quelques cas de figure fréquents :
| Répartition | Avantage clef | Inconvénient clef | Quand choisir ? |
|---|---|---|---|
| 100% / 100% | Protection absolue pour le foyer, car le survivant n'aura plus rien à payer | Coût de l'assurance le plus élevé | Si la tranquillité d'esprit est votre priorité et que votre budget le permet |
| 50% / 50% | Bon équilibre entre coût et protection pour des couples aux revenus équivalents | Le survivant assume 50% du prêt. Le risque intervient si son revenu n'est pas suffisant. | Compromis courant si les deux conjoints ont des revenus similaires et que le survivant pourrait assumer la moitié des mensualités |
| 70% / 30% | Protection absolue pour le foyer, car le survivant n'aura plus rien à payer | Demande une analyse précise pour bien équilibrer la protection et le coût | Pour les couples avec des revenus significativement différents et soucieux d'optimiser le coût tout en restant bien protégés |
| 100% / 0% | Coût de l'assurance très faible | Risque financier majeur : en cas de sinistre de la personne non couverte, le prêt n'est pas remboursé par l'assurance | Fortement déconseillé pour une résidence principale. À réserver à des cas très spécifiques et en pleine conscience du risque pour le foyer. |
Conclusion : comparez encore et toujours !
L'assurance de prêt est un poste de dépense important, mais non sans raison. En cas de besoin, vous vous féliciterez tous les jours d'avoir eu recours à cette protection.
Dans ce contexte, votre responsabilité consiste donc à choisir votre assurance de prêt avec la même énergie que pour votre crédit immobilier. Et grâce à la loi Lemoine, vous avez maintenant un boulevard devant vous pour comparer les offres à la souscription du crédit, mais aussi en cours de vie. Ne vous faites donc pas prier !
Ainsi, même si les contrats groupe des banques ne sont pas nécessairement toujours moins compétitifs, retenez qu'on ne peut pas aujourd'hui faire l'économie d'une recherche approfondie. Et grâce aux informations contenues dans ce guide, vous serez en position de force pour décrypter toutes ces offres… Bref, le mot d'ordre pour finir est : comparez et économisez sur l'assurance emprunteur !
Article écrit par Emilien FRANCOISE
Emilien FRANCOISE est le fondateur de Nextbanq, site de référence dans l'univers des finances personnelles.
Titulaire d'un diplôme de grande école de commerce, il écrit des contenus indépendants à temps plein depuis 2007 avec l'ambition d'aider tous les lecteurs à améliorer leur pouvoir d'achat.