Déjouer le mode de calcul des intérêts

GuideA la manière d’un célèbre Gaulois, la France lutte toujours et encore non pas contre un envahisseur sans scrupule, mais contre une innovation simplissime porteuse d’intérêts pour tous les détenteurs d’un livret d’épargne.
L’objet du délit ? Le mode de calcul des intérêts, fondé sur le principe des quinzaines, et qui n’a pas évolué depuis la nuit des temps…  Nextbanq lève donc le voile sur cette pratique !

1 Quel mode de calcul des intérêts ?

En cas de dépôt ou de retrait sur un livret d’épargne, le bon sens voudrait tout simplement que :

  • Les versements se mettent aussitôt à générer des intérêts
  • Les sommes retirées arrêtent immédiatement de générer des intérêts

Pour obtenir ce résultat, il suffirait donc simplement que les établissements bancaires calculent les intérêts au jour le jour, pour ainsi prendre en compte les variations du solde en fonction des dépôts et des retraits. Simple comme bonjour !

Pourtant, alors que ce mode de calcul a été adopté par tous nos voisins européens, la France se distingue en la matière en conservant le mode de calcul des quinzaines, c’est-à-dire en ne calculant les intérêts que deux fois par mois !

A vrai dire, au temps où les comptes bancaires étaient tenus à la main, ce mode de calcul avait toute sa raison d’être, puisque dans ces conditions, mettre à jour quotidiennement tous les soldes des comptes de tous les clients étaient une mission presque impossible. Mais aujourd’hui, à l’heure où même la bourse de Paris est entièrement électronique, cette excuse ne tient plus !

Alors, pourquoi ne pas avoir épousé le changement ? Comme nous verrons dans la prochaine partie, la raison est que l’Etat Français, comme les banques, sont aujourd’hui dans une situation confortable.

2 Le fonctionnement de la règle des quinzaines

Tout d’abord, il est important de comprendre que le versement des intérêts ne survient que lors de deux événements bien précis : au 1er Janvier de chaque année ou bien au moment de la fermeture d’un livret.

Cependant, si le versement « physique » des intérêts est une chose, leur calcul en est une autre.

Ainsi, avec le système des quinzaines, une année est divisée en 24 périodes égales, chaque quinzaine commençant soit le 1er, soit le 16 du mois.

Pour chaque quinzaine, un calcul théorique des intérêts gagnés est réalisé, et c’est donc la somme de ces 24 quinzaines qui donnent le montant total des intérêts gagnés pour l’année.  
Par exemple, prenons un solde de 1 000€, un taux de 5,00% et une durée d’investissement d’une année, soit 24 quinzaines, sachant que la formule pour obtenir les intérêts d’une quinzaine est la suivante :

Calcul des intérêts par quinzaine
Ce qui donne :     1 000 x (0,05 / 24) = 2,083€

Chaque quinzaine rémunère donc l’épargnant à hauteur de 2,083€, et il suffit de multiplier ce chiffre par 24 pour obtenir la rémunération totale sur un an, soit 50€, soit le résultat on pouvait s’attendre instinctivement.
Mais alors, d’où vient l’archaïsme de ce mode de calcul ? En fait, cela dépend tout simplement de la méthode appliquée pour obtenir le solde du livret. Quand celui-ci est immobile, comme dans l’exemple ci-dessus, la méthode ne pose aucun problème mais lorsque des retraits et des versements interviennent, les choses se gâtent.

La raison ? Les règles en vigueur ne reflètent tout simplement pas la réalité ! Les voici :

  • En cas de versement, l’argent porté au crédit du livret n’est pas pris en compte dans le solde de la quinzaine du moment, mais seulement à partir de celle d’après.
  • En cas de retrait, c’est le solde le plus bas constaté lors de la quinzaine qui est pris au compte pour le calcul des intérêts.

Ainsi, dans les deux cas, le risque maximal est de perdre une quinzaine d’intérêts, pour le plus grand profit des banques (dans le cadre d’un livret non réglementé) ou de l’Etat Français (pour un livret réglementé).

Toutefois, avec un peu de gestion, il devient possible de contrer ces effets :

  • Un versement en début de quinzaine ne produisant aucun intérêt, il est conseillé de le réaliser le plus tard possible dans la quinzaine. Par exemple le 14 du mois, afin d’être inclus dans le solde de la quinzaine suivante, qui débutera le 16.
  • Dans le cadre d’un retrait, il s’agit d’appliquer le raisonnement contraire. Puisque le montant à retirer ne produira de toute manière aucun intérêt sur la quinzaine, autant effectuer cette opération le plus tôt possible dans la quinzaine. Par exemple, autour du 2 ou du 17 de chaque mois.

Le calcul des intérêts par quinzaines est donc une spécificité très française que les meilleurs investisseurs maitrisent sur le bout des doigts, dans le but de gérer au mieux leurs liquidités et d’éviter de « donner » des jours d’intérêts gratuitement.

3 Pour aller plus loin sur les quinzaines

Voici quelques conseils, cas particuliers et autres remarques pour devenir vraiment incollable sur le sujet !

  • Le versement des intérêts annuels est considéré comme un versement à part entière. Sachant que celui-ci intervient généralement peu de temps après le 1er janvier, cela signifie que les intérêts versés ne génèreront pas d’intérêts à leur tour avant la quinzaine suivante, celle du 16 janvier. Parmi les exceptions à cette règle, les banques en ligne ING Direct et Fortuneo qui versent leurs intérêts au 31 décembre. Suffisamment rare pour être signalé !
  • Les banques sont entièrement libres de choisir le mode de calcul des intérêts mais aucune à ce jour n’a osé s’affranchir de ce système.
  • Le produit qui se rapproche le plus possible d’un livret avec des intérêts calculés au jour le jour est le compte courant rémunéré, chose assez rare en France mais que proposent par exemple Cortal Consors et AXA Banque.
  • Clôturer un livret bancaire pour en ouvrir un autre et profiter d’une offre de bienvenue, soit en d’autres termes « chasser les livrets », se heurte au principe des quinzaines car en procédant de la sorte, à chaque changement de livret correspond obligatoirement la perte d’une quinzaine.  Changer de livret par exemple 4 fois dans l’année correspond donc à une perte de deux mois d’intérêts ! Prendre le temps d’une simulation au préalable est donc indispensable.
  • En cas de changement du taux d’intérêt, la loi prévoit que celui-ci soit annoncé au minimum une quinzaine à l’avance, et le changement effectif aura naturellement toujours lieu en début de quinzaine.

En fin de compte, si le mode de calcul des intérêts par quinzaines ne pose pas de réels soucis pour un épargnant au fait de son fonctionnement, il est regrettable qu’aucune évolution ne semble être à l’ordre du jour pour les prochaines années, afin d’offrir une rémunération calculée au plus juste pour tous les épargnants français.

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