Frais de tenue de compte et profits bancaires : une belle anomalie ?

En l’espace de seulement deux ans, la facturation des frais de tenue de compte est devenue une nouvelle norme dans le paysage bancaire français.

Petite particularité : ils ne correspondent à aucune valeur ajoutée pour le consommateur !

Par conséquent, chaque banque les justifie un peu comme elle le peut, souvent a minima, en mettant en avant une augmentation des coûts.

Analyse des profits des banques et frais de tenue de compte

Mais comment se fait-il que dans le même temps, les banques réalisent des milliards d’euros de profits tous les ans ?

Ces deux points méritent certainement des explications !

C’est pourquoi nous avons mené notre opération vérité en confrontant leurs bénéfices sur plus de 10 ans avec leurs explications.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est permis de douter de la parole des banques…

En fin d’article, découvrez l’avis complet de Nextbanq sur ce dossier plutôt symptomatique des maux bancaires à la française.

 

Les résultats financiers des banques depuis 2006

C’est sans équivoque, financièrement, les banques se portent bien, merci pour elles !

C’est ce qui ressort de notre étude sur les plus grandes banques françaises :

  • BNP Paribas
  • Société Générale
  • Groupe BPCE (Banque Populaire et Caisse d’Epargne)
  • La Banque Postale
  • Groupe Crédit Mutuel / CIC
  • Groupe Crédit Agricole / LCL

En effet, avec 21 milliards d’euros de profits partagés par ces établissements en 2015, difficile de voir dans ce chiffre la souffrance d’un secteur économique.

Cliquez sur le graphique interactif ci-dessous pour découvrir le détail des résultats par banque ainsi que la courbe globale des profits :

Note : les données complètes sont disponibles dans un tableau en bas de page

Pour bien comprendre le total des profits, nous avons fait deux courbes : une qui intègre les résultats exceptionnels et une autre sans.

Car c’est le premier enseignement de ce graphique, avec 22,3 milliards d’euros de pertes directement imputables à des erreurs de gestion de la part des banques, c’est l’équivalent peu ou prou des pertes liées à la terrible crise de 2008.

Vérifiez par vous-même pour les années 2008 et 2009 !

Voici le détail des évènements exceptionnels pour un montant total de 22,3 milliards :

Année Montant Banque Commentaire
2007 4,9 milliards Société Générale La célèbre affaire Kerviel, du nom du trader qui a prétendument contourné les systèmes de sécurité de sa banque afin de miser plus gros sur les marchés financiers
2009 1,2 milliard Société Générale La filiale Sgam, spécialisée dans la finance alternative, c’est-à-dire la recherche de hauts rendements, est balayée par la crise. Voir cet article de Libération.
2011 et 2012 8 milliards Crédit Agricole Les rachats de banque en Grèce, Italie et Portugal réalisés au début des années 2000 se sont révélés de mauvais investissements. Ces pertes sont considérées comme des dépréciations d’actif.
2012 2,6 milliards Société Générale Un ensemble d’éléments exceptionnels, incluant notamment des dépréciations sur une banque grecque et une société d’investissement américaine
2014 6,6 milliards BNP Paribas Amende auprès des autorités américaines pour non-respect des embargos économiques

Si on met donc de côté ces évènements exceptionnels qui “faussent” l’analyse des profits, on s’aperçoit que leur évolution est la suivante :

  • Avant la crise de 2008, ceux-ci sont à un niveau très élevé, au-dessus de 22 milliards d’euros
  • La crise de 2008 a un impact très dur, avec une baisse de l’ordre de 75%, mais malgré tout, les banques restent globalement rentables
  • Une remontée très rapide en deux ans, pour atteindre le niveau d’avant crise dès 2010
  • Une légère croissance de 2011 jusqu’à maintenant, pour atteindre 18 milliards d’euros malgré une baisse constante des taux

Pour mettre ces chiffres en perspective, les secteurs de l’automobile et de la grande distribution, avec des poids économique comparables, soufflent le chaud et le froid en termes de résultats financiers.

Mais le secteur bancaire est-il vraiment un secteur économique comme les autres ?

 

Le conseil de Nextbanq
Crise de 2008 : des banques bénéficiaires mais aidées par l’état ?

C’est un fait, lors du plus fort de la crise de 2008, l’argent public a été rappelé à la rescousse à travers des plans de sauvetage, alors que les banques continuaient à générer des profits.

Cela peut paraître paradoxal mais s’explique si on dissocie la partie commerciale des banques, durement touchée mais toujours positive, des "possessions" des banques. En effet, les banques avaient en stock des produits financiers “pourris”, les fameuses subprimes américaines qui ont perdu leur valeur soudainement, et suite au krack de 2007, les plans de sauvetage sont intervenus pour "nettoyer" les bilans des banques. .

En comparaison des autres banques européennes, les établissements français ont remarquablement bien passés la crise (à l’exception de Dexia) et chose peu connue, en échange de la garantie de l’état pour 320 milliards d’euros et 40 milliards d’euros d’aides à la recapitalisation (source Wikipedia), l’état français a monnayé ce service rendu aux banques au point de gagner des centaines de millions d’euros, grâce aux remboursements plus intérêts effectués par les banques.

 

Nous savons maintenant que les banques sont largement bénéficiaires sur la durée, mais il est encore trop tôt pour tirer des conclusions.

En effet, du fait de leur gigantisme, peut-être que la facturation des frais de tenue de compte s’explique par les résultats négatifs d’une partie de leur activité ?

Comment le savoir ? Pour cela, intéressons-nous donc de plus près à leurs activités !

De quoi sont composés les profits bancaires ?

Pour simplifier, les mastodontes bancaires tirent leurs profits de deux activités bien distinctes :

Répartition de l'activité des banques

 

  • La banque d’investissement et d’affaire : ce sont des activités de conseil sur des sujets variés comme l’émission de dettes, le trading en compte propre ou pour des clients, les fusions / acquisitions ou encore les introductions en bourse. Les clients sont des grandes entreprises ou des états.
  • La banque de détail : c’est la banque que vous connaissez, qui détient votre compte courant, et qui se rémunère de deux manières. Avec des commissions (les frais bancaires) et des produits de taux (en collectant de l’épargne et en accordant des prêts).

Toutefois, notez bien que d’une banque à l’autre, le périmètre de ces activités peut varier et qu’il n’est pas toujours évident de les comparer. Par exemple, certaines banques considèrent que l’assurance (qui est un produit en pleine expansion) relève de la banque de détail tandis que pour d’autres acteurs, il s’agit d’un nouveau poste de profit.

Mais revenons à nos moutons : les frais bancaires en augmentation sont d’après les banques le seul moyen de faire face à un environnement économique difficile pour l’activité banque de détail, porté par l’augmentation des coûts.

Par conséquent, avant d’analyser leur discours point par point, découvrons l’historique des résultats pour l’activité banque de détail.

Focus sur les résultats financiers de la banque de détail

Comme nous avons vu, les résultats financiers globaux des banques sont à des niveaux très élevés.

Mais pour autant, ces chiffres masquent-ils une santé financière défaillante de la banque de détail ?

Découvrons-le avec le graphique interactif suivant :

 

Quelques notes sur les chiffres indiqués dans le graphique :

  • Pour BPCE et groupe Crédit Agricole / LCL, nous avons additionné les résultats des différentes entités concernant les années précédentes à la fusion
  • Concernant la Banque Postale, le résultat spécifique de l’activité banque de détail n’est pas mis en avant dans les rapports annuels d’activité de 2006 à 2010. Nous avons repris le résultat net part de groupe, sachant que de toute manière, l’écrasante majorité des revenus proviennent de cette activité
  • Les données du graphique sont disponibles dans un tableau en bas d’article

Qu’apprend-on de l’analyse du total des profits de la banque de détail ?

Tout d’abord, que ceux-ci sont remarquablement stables dans le temps.

Au plus fort de la crise en 2008, la banque de détail n’a perdu que 20% de ses revenus.

Et depuis 2010, ceux-ci se situent dans une fourchette comprise entre 8 milliards et 10 milliards d’euros, montant supérieur à celui des années d’avant-crise. En 2012, ils sont même supérieurs aux bénéfices globaux des banques, du fait des pertes exceptionnelles du Crédit Agricole sur l’activité banque d’investissement et d’affaire.

Bref, à l’oeil nu, difficile de croire un instant que l’augmentation des coûts de la banque de détail ronge les profits des banques. .

Ce serait même plutôt l’inverse ! D’une remarquable stabilité, la banque de détail est l’activité qui garde les banques à flot face aux accidents industriels émanant de l’activité banque d’affaire et d’investissement.

Certes, à ce stade les apparences jouent contre les banques, mais essayons tout de même de comprendre dans le détail leurs arguments pour l’instauration des frais de tenue de compte…

Que représentent les frais de tenue de compte ?

D’après une étude de Panorabanqes.com, les frais bancaires ont augmenté de 1,6% en 2017 et de 2,3% en 2016, après une période de baisse suite au plafonnement des commissions d’intervention, ces frais supplémentaires liés aux découverts et tant décriés pour leur opacité.

Frais de tenue de compte

Faut-il voir une relation entre le plafonnement de ces commissions et la montée dans la foulée des frais de tenue de compte dans tous les établissements bancaires ?

La question est légitime quand on observe la synchronisation avec laquelle ces frais se sont généralisés.

En fait, il semble y avoir eu deux salves :

  • Les banques qui facturaient déjà des frais de tenue de compte, souvent pour des montants très modestes, ont augmenté progressivement ceux-ci (c’est le cas de la Banque Postale et des banques mutualistes notamment)
  • Quant-à-celles qui ne facturaient pas, les frais de tenue de compte ont été introduit directement au niveau du prix moyen du marché

Au final, que la transition ait été effectuée en un ou deux temps, 2016 est l’année où les frais de tenue de compte sont devenus la norme.

Le prix moyen se situe à 24€ par an, avec l’exception notable de la Banque Postale qui les facture à 12€ l’année.

Voici l’état des lieux des plus grandes banques au 10 janvier 2017 :

Banque Date de facturation Montant annuel plein tarif
BNP Paribas 01/01/2016 30€
Société Générale 01/07/2016 24€
Crédit Lyonnais 01/07/2016 24€
CIC Très faibles pendant des années
Augmentation au 01/01/2015

24€
Banque Postale Très faibles pendant des années
Doublement des frais au 01/01/2017
12€
Caisse d’Epargne Très faibles pendant des années
Augmentation au 01/01/2015

De 12€ à 24€ selon les régions
Crédit Agricole Très faibles pendant des années
Augmentation au 01/01/2016

De 0€ à 36€ selon les régions
Crédit Mutuel Très faibles pendant des années
Augmentation au 01/10/2015
De 12€ à 35€ selon les régions
Banque Populaire Très faibles pendant des années
Augmentation au 01/01/2016

De 18€ à 32€ selon les régions

Note : tous les clients considérés comme fragiles, c’est-à-dire bénéficiant du droit au compte, sont exemptés de ces frais. La politique de facturation varie également selon les établissements. Par exemple, les moins de 26 ans et les clients d’un package sont souvent exemptés, tandis qu’il est parfois possible d’obtenir une réduction en cas de souscription aux services de relevés en ligne.

D’après Marie-Anne Barbat-Layani, directrice générale de la Fédération Française Bancaire, 20% à 30% des clients sont réellement concernés par l’augmentation de ces frais.

Outre un chiffre qui apparaît bizarrement approximatif, ajoutons que les frais de tenue de compte représentent un argument commercial très percutant pour pousser les clients à souscrire des packages bancaires.

Ce tableau montre également qu’au sein d’un même groupe bancaire, des différences très importantes sur le prix de ce “service” sont appliquées. Par exemple, au Crédit Mutuel, les frais de tenue de compte sont facturés entre 12€ et 35€ selon votre région. Or, il est permis de penser qu’en toute logique, le service devrait être équivalent…

Serions-nous en présence d’une variable d’ajustement concernant les profits des banques ?

C’est le sentiment qui se dégage à mesure que nous avançons dans nos recherches.

Les trois arguments principaux des banques

Malheureusement, les banques ne se montrent pas très dissertes au moment d’expliquer la mise en place des frais de tenue de compte.

Toujours selon la directrice générale de la FBF, "les contraintes réglementaires se multiplient ; les banques sont de plus en plus sollicitées pour détecter les opérations de blanchiment ou les opérations de financement du terrorisme. Ces systèmes de détection d’anomalies et de connaissance client ont un coût” et “la digitalisation du secteur nécessite des moyens pour apporter au client une expérience de plus en plus fluide, mobile et sécurisée.”

Les explications des banques sur les frais de tenue de compte

Quant à BNP Paribas, l’explication est similaire : "la comptabilisation des paiements et encaissements, la surveillance quotidienne des comptes, la sécurisation des opérations et la protection des données personnelles".

Enfin selon LeMonde qui cite le dirigeant d’une grande banque, le contexte des taux bas est également une des raisons, mais moins facilement avouable : "ne pas facturer les frais de tenue de compte revient à vendre à perte."

Pour résumer, trois arguments se démarquent pour expliquer l’instauration des frais de tenue de compte :

  • Un contexte économique exceptionnel avec des taux très bas
  • La sécurisation des comptes
  • La transformation digitale

Ces explications sont-elles recevables ? C’est ce que nous allons essayer de percer maintenant !

Explication 1 : un contexte exceptionnel avec des taux très bas

C’est une certitude, et le taux d’intérêt de vos livrets d’épargne en est la meilleure preuve : ceux-ci ne rapportent plus rien ou presque !

Or, rappelons-le, la banque de détail se rémunère avec des commissions (les frais de tenue de compte rentrent dans cette catégorie) ou bien des produits de taux.

Concernant cette dernière catégorie, le raisonnement est assez simple : en puisant dans ses réserves ou en empruntant sur les marchés (ou à la Banque Centrale Européenne), une banque obtient de l’argent à un taux d’intérêt très bas, qu’elle va ensuite prêter sous forme de crédit (à la consommation ou immobilier) à un taux d’intérêt plus élevé.

Elle empoche donc la différence mais doit aussi faire face au risque de non-remboursement des crédits accordés.

Or, plus les taux baissent et plus la marge de la banque risque d’être compressée.

Dans ces conditions, compte tenu des taux actuels historiquement bas, il est correct de dire que la rentabilité de l’activité produits de taux est dirigée à la baisse.

Toutefois, tout n’est pas noir pour autant puisque les banques profitent aussi de cette baisse des taux pour réduire leur coût du risque : c’est-à-dire qu’avec un taux d’intérêt plus faible, la facture est moins lourde en cas d’impayés, ce qui est aussi très bénéfique pour les banques.

L’avis de Nextbanq

Avis de NextbanqEn mettant en perspective la rentabilité des produits de taux et la baisse du coût du risque, on n’observe pas de baisse significative des profits au niveau global concernant la banque de détail.

A vrai dire, de 2011 à 2015, la croissance des profits est stable, malgré une vraie pression à la baisse des taux et suite au plafonnement des commissions d’intervention.

Si on suit le raisonnement des banques à la lettre, les banques en ligne (qui ne facturent que très peu de commissions et se rémunère essentiellement avec les produits de taux) devraient facturer à leur tour des frais de tenue de compte. Or, ce n’est pas le cas. Ce qui démontre bien que facturer ces frais relève avant tout d’une politique commerciale, qui dans ce cas se matérialise pour ne pas faire fuire les clients des banques en ligne, par définition plus mobiles que ceux des banques traditionnelles.

Une chose est sûre : si la question n’en demeure pas moins complexe et le risque de baisse des profits bien réel, il ne s’est pas traduit jusqu’à maintenant dans les comptes de résultats des banques.

Explication 2 : la sécurisation des comptes

Vaste chantier mais pour le moins vital quand on est le garant de l’argent des ménages, la sécurisation des comptes au sens large représente sans aucun doute un coût croissant, même si obtenir des données chiffrées n’est pas facile.

Ainsi, les trois challenges les plus importants auxquels sont confrontées les banques sont les suivants :

  • Les changements de régulation afin d’augmenter la résistance des banques en cas de crise systémique, notamment par l’augmentation des fonds propres
  • La lutte contre les cyberattaques toujours plus nombreuses et redoutables
  • Un meilleur contrôle des opérations bancaires dans un monde où l’évasion fiscale ne connaît pas de frontières

Trois causes qui paraissent nobles et dont on ne saurait douter de leur utilité.

Mais est-ce pour autant aux consommateurs de financer ces coûts supplémentaires ?

L’avis de Nextbanq

Avis de NextbanqConcernant les exigences réglementaires revues à la hausse, celles-ci puisent leur bien-fondé dans la terrible crise de 2008, qui a menacé jusqu’à l’existence même des banques.

Même si les situations individuelles des banques sont très différentes, n’y a-t-il pas une leçon à retenir de ces évènements ? Sur un plan moral, dans la mesure où l’argent public est venu à la rescousse des banques, on peut s’interroger sur la volonté de faire payer les frais de tenue de compte aux ménages pour cette raison, dans la mesure où l’objectif recherché est la pérennisation de l’activité, but ultime de toute entité économique.

Quant à la lutte contre la cyberdélinquance, ne peut-on pas imaginer qu’il en soit uniquement de la responsabilité des banques ?

En effet, les ménages français détiennent près de 350 milliards d’euros sur leurs comptes courants, et n’en touchent pas un centime, pour ce qui représente au final un prêt à taux zéro.

Autre anomalie, le calcul des intérêts pour les livrets d’épargne, par quinzaine, est très défavorable aux épargnants. Pour rappel, ce système se justifiait il y a très longtemps quand les calculs s’effectuaient à la main, mais avec l’informatique, faire ce calcul au jour le jour est devenu enfantin.

Dans ces conditions, admettons un instant le bien-fondé des frais de tenue de compte pour faire face aux nouveaux coûts. Mais dans ce cas-là, pourquoi ne pas pousser la logique au bout et baisser les tarifs quand la technologie permet de baisser les coûts ? Parce que cela ne va pas dans le sens des banques ?

De plus, on rappellera qu’à l’heure d’Internet, une partie non négligeable des opérations bancaires est maintenant directement effectuée depuis les espaces-clients en ligne, ce qui représente autant d’économies pour les banques… Deux poids, deux mesures ?

Explication 3 : la transformation digitale et la Fintech

Depuis le déferlement de la vague Internet, la finance est un des derniers secteurs à faire sa mutation.

Avec d’un côté le développement des nouvelles technologies et de l’autre la perte de confiance envers les banques suite à la crise de 2008, la Fintech a trouvé le terrain fertile pour grappiller des parts de marché aux banques.

Par exemple, au-delà des banques en ligne, il est dorénavant possible de souscrire un crédit en se passant des établissements bancaires ou bien de gérer son assurance vie grâce aux conseils de robots-advisors.

Quant à la dématérialisation des paiements, avec ou sans mobile, les solutions innovantes sont légion !

Bref, de vraies nouvelles menaces pour des banques pas toujours réputées pour innover…

En parallèle, la transformation digitale se matérialise par de nouveaux coûts comme la loi Macron sur la mobilité bancaire, qui facilite le changement de domiciliation bancaire en faisant communiquer directement les banques entre elles pour l’échange des prélèvements automatiques, etc…

Source d’opportunités mais aussi de risques, la digitalisation du secteur est-elle un argument recevable pour imposer les frais de tenue de compte ?

L’avis de Nextbanq

Avis de NextbanqQuoi de plus normal pour un secteur économique que de vivre avec son temps ?

Contrairement à l’industrie musicale qui a pris la vague Internet de plein fouet, l’industrie bancaire a eu tout le temps de s’adapter.

Ce qu’elle fait d’ailleurs sans rechigner à en juger par le nombre d’initiatives pour soutenir les entrepreneurs de la Fintech, ou encore par des prises de participation dans les starts-up.

Difficile d’y voir donc un quelconque lien avec l’augmentation des frais bancaires.

De plus, s’il existe bien une preuve que l’argument ne tient pas, augmenter les prix pour faire face à l’entrée de nouveaux concurrents dont une des caractéristiques est des prix plus bas (ce qui est le cas de la Fintech) est un non-sens économique !

Conclusion : des banques toutes puissantes ?

Nous avons beau retourner le problème de tous les côtés, nous n’avons pas trouvé de raisons valables pour l’instauration des frais de tenue de compte mis à part le fait… que les banques peuvent se le permettre, tout simplement !

Les points qui nous amènent à cette conclusion sont les suivants :

  • Le peu de communication des banques pour expliquer ces frais : le manque d’arguments valables se fait-il sentir ?
  • Le sentiment d’une collusion : instaurer ces frais à quelques mois d’intervalles pour tous les établissements bancaires, quelles sont les probabilités sans entente préalable ?
  • Des profits qui tiennent bon : que ce soit au niveau global des profits ou de la banque de détail, la rentabilité est toujours au rendez-vous et ne peut clairement pas être invoquée pour justifier une mesure aussi forte. Et si d’aventure les profits sont orientés à la baisse, la faute est la plupart du temps due à des événements exceptionnels dont les banques sont directement responsables.
  • Un argumentaire peu convaincant : certes, le secteur bancaire ne manque de défis pour les années à venir, mais n’est-ce pas le lot commun de tous les secteurs économiques ? Si le contexte des taux bas est certainement de loin le point plus recevable, n’oublions pas que les profits de la banque de détail sont malgré tout orientés à la hausse ces dernières années…

Pour aller plus loin et en guise de conclusion, nous pouvons nous interroger sur les raisons qui nous amènent à cette situation.

A Nextbanq, nous en identifions trois grandes :

  • Un secteur très concentré et très puissant : du fait d’un poids économique très lourd et d’un faible nombre d’acteurs en comparaison avec d’autres pays, l’industrie bancaire française a les cartes en main pour faire valoir sa toute-puissance.
  • La nécessité de posséder un compte bancaire : à notre ère, il est difficilement concevable de vivre sans compte bancaire… et les banques le savent très bien !
  • Une clientèle française captive : le rapport des français à leur banque est assez complexe à analyser. D’un côté, nous nous plaignons beaucoup de la qualité de service mais de l’autre, nous rechignons à aller voir la concurrence, probablement par peur des démarches. Résultat des courses ? En comparaison avec nos voisins européens, nous sommes très fidèles à nos établissements bancaires, parfois de génération en génération.

Et vous, partagez-vous cette analyse ? Si tel est le cas, n’hésitez pas à partager sur les réseaux sociaux !

Annexes : historique des bénéfices des banques

Le tableau ci-dessous récapitule les bénéfices réalisés depuis 2006 par les plus grands établissements bancaires français, en millions d’euros.

Les pertes exceptionnelles (comme l’affaire Kerviel) sont comprises.

  2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015

2016

BNP Paribas 7308 7822 3021 5832 7843 6050 6553 4832 157 6694 7702
Société Générale 5221 947 2010 678 3917 2385 774 2175 2692 4001 3874
BPCE 2599 2740 -914 537 3640 2685 2147 2785 2906 3242 3988
Banque Postale 372 539 302 587 651 412 574 579 677 707 Non publié
Crédit Mutuel / CIC 2946 2785 440 1831 2916 2113 2150 2651 2955 3020 Non publié
Crédit Agricole / LCL 4920 4044 2451 2747 3600 -1470 -6471 2505 2340 3516 3090
Total des bénéfices 23366 18876 7310 12212 22567 12175 5727 15527 11727 21180 A venir

Le tableau ci-dessous récapitule quant-à-lui les bénéfices spécifiques à la banque de détail en France (en millions d’euros).

  2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015

2016

BNP Paribas 1770 1671 1641 1555 1735 1959 2010 1931 1753 1610 1251
Société Générale 1344 1375 1251 1007 1233 1428 1291 1196 1204 1417 1486
BPCE 2299 1840 966 1853 2895 2818 2233 2347 2435 2580 2598
Banque Postale 372 539 302 587 651 306 505 583 716 715 Non publié
Crédit Mutuel / CIC 1431 1431 1017 1042 1923 2076 1396 1892 1905 2065 Non Publié
Crédit Agricole / LCL 1439 1331 1272 1304 1628 1683 1487 1505 1462 1637 509*
Total des bénéfices 8655 8187 6449 7348 10065 10270 8922 9454 9475 10024 A venir

* Résultats pour la banque de détail LCL seulement. Les résultats de la banque de proximité des caisses régionales du Crédit Agricole ne sont pas publiés pour la première fois.

Tous les chiffres présentés dans cet articles sont issus des rapports annuels des banques :

BNP Paribas : https://invest.bnpparibas.com/resultats

Société Générale : https://www.societegenerale.com/fr/mesurer-notre-performance/donnees-et-publications/resultats-financiers

BPCE : http://www.groupebpce.fr/Investisseur/Resultats/Presentations-des-resultats

Banque Postale : https://www.labanquepostale.com/legroupe/investisseurs/resultats-financiers.html

Crédit Mutuel / CIC : https://www.creditmutuel.fr/groupecm/fr/publications/rapports-annuels.html

Crédit Agricole / LCL : https://www.credit-agricole.com/finance/finance/espace-investisseurs/informations-financieres

 

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