Où en est le marché de la banque en ligne ? L'étude

La banque en ligne a 10 ans, vive la banque en ligne !

En effet, si on met de côté l’échec retentissant de Zebank au début des années 2000, la banque en ligne existe véritablement depuis 2006, avec le lancement de Monabanq et l’arrivée du compte courant chez Boursorama.

Véritable pari à ses débuts (faire confiance à Internet pour ses finances, il fallait oser), la banque à distance est aujourd’hui rentrée dans les moeurs.

Qui domine le secteur ? Pour combien de clients ? Quels usages ? Quelle taille ? Quels profits ? Nextbanq dresse l’état des lieux du marché de la banque en ligne.

Marché de la banque en ligne

Une banque en ligne, pour quoi faire ?

Près d’un Français sur 10 déclare posséder aujourd’hui un compte bancaire en ligne, ce qui fait un total d’environ 2 500 000 comptes courants en ligne

De quoi attirer les convoitises ! Mais pourquoi au juste rejoindre un établissement en ligne ?

Infographie banque en ligne

D’après cette infographie établie par BforBank, la motivation première des usagers de la banque en ligne est bien entendu le prix, sans commune mesure avec celui des banques traditionnelles, surtout à l’heure où celles-ci ont décidé d’un presqu’un commun accord de facturer des frais de tenue de compte.

Concernant le profil type du client, celui-ci vit dans une zone urbaine, plutôt jeune (moins de 40 ans même si toutes les classes d’âges sont représentées) et masculin.

L’usage même d’une banque en ligne est en train d’évoluer en profondeur : alors qu’il y a quelques années, le compte en ligne était considéré comme un compte d’appoint, de plus en plus de clients sautent le pas pour en faire leur banque principale.

Fortuneo Banque communique sur 40% de ses clients en 2015 tandis que Boursorama Banque à hauteur de 30%.

A ce sujet, il est intéressant de noter que les banques en ligne font le forcing en offrant des bons d’achats (jusqu’à 150€ par exemple avec Boursorama) pour domicilier ses comptes. Dans cette optique, les banques en ligne ont aussi été les premières à apporter des services de transfert de compte simplifiés.

Applications Switching chez ING Direct, Transfert de Compte chez Monabanq ou encore Changement de Domiciliation Bancaire en ligne chez Boursorama, chaque établissement propose son service dédié qui consiste le plus souvent à appuyer sur un bouton pour suivre les progrès du transfert dans une interface dédiée.

Qui sont les acteurs du marché ?

Aujourd’hui, on dénombre 6 établissements qui méritent l’appellation entière de banque en ligne.

Présentation rapide des acteurs par ordre d’arrivée :

  • Boursorama Banque : apparue dès 1995 comme portail boursier, Boursorama propose son compte courant dès fin 2005. Aujourd’hui, Boursorama Banque est l’établissement leader du marché, que ce soit par son offre la plus complète (notamment en proposant du crédit immobilier et personnel) ou par son dynamisme commercial (148 000 nouveaux clients en 2015).
    Boursorama
  • Monabanq : proposant le compte bancaire dès sa création en 2006, Monabanq est techniquement la première banque 100% en ligne. Très dynamique à ses débuts, Monabanq a ensuite connu un "coup de mou" suite à son rachat par le Crédit Mutuel, le temps d’être complètement intégrée dans le groupe, ce qui explique sa notoriété moindre.
    Aujourd’hui, Monabanq se démarque en étant la seule banque en ligne (en attendant ING Direct) à accepter tous les clients sans conditions de revenus, mais avec un modèle légèrement différent (à partir de 2€ par mois pour tous les services).

    Monabanq
  • ING Direct : créée en 2000, ING Direct s’est très vite fait une place de choix grâce à son livret d’épargne rémunérateur et innovant. Le compte courant n’intervient qu’en 2009, mais depuis ING Direct se démarque avec une identité de marque très forte et de belles innovations.
    ING Direct
  • Fortuneo Banque : concurrente directe de Boursorama à ses débuts en 2000 en se déployant sur la bourse, Fortuneo se lance dans la banque en novembre 2009 et se bat depuis pour être reconnue comme la banque la moins chère.
    Fortuneo
  • Hello bank! : lancée en 2013 comme le bras armé de BNP Paribas dans la banque en ligne, Hello bank! est conçue dès le départ pour accompagner les clients sur le créneau de la banque mobile. Une offre inégale du fait de son pedigree, mais qui trouve son public grâce à un positionnement original, avec de vrais points forts.
    Hello bank
  • BforBank : spécialisée à ses débuts en 2009 sur l’épargne, ce n’est qu’en 2015 que BforBank devient une vraie banque en ligne en proposant du compte courant. Le positionnement est toujours haut de gamme, avec une offre qui continue de s’élargir (crédit perso en 2015, crédit immo à venir bientôt).
    BforBank

Quant à Soon et AXA Banque, si la question de les considérer comme des banques en ligne peut se poser, l’offre limitée dans le premier cas et les tarifs assez élevés dans le second cas empêchent ces établissements d’être considérés comme de véritables banques en ligne.

Qui mène la danse en termes de clients ?

C’est le premier enseignement de cette étude : Boursorama Banque est la banque en ligne la plus populaire de France, non seulement en termes de base clients purements bancaires, mais aussi en termes de nouvelles ouvertures de comptes. Le nerf de la guerre à laquelle se livrent les banques en ligne.

Bien entendu, le fait que Boursorama Banque demande l’ouverture un compte courant, même dans le cas d’un autre produit, par exemple une assurance vie, aide à gonfler les chiffres, mais son concurrent le plus proche en termes d’ouvertures, Hello bank!, pratique la même politique.
Seule différence, et de taille, entre les deux : Hello bank! profite à plein régime de son appartenance au groupe BNP Paribas pour "récupérer" un maximum de clients.

Dans ces conditions, Boursorama Banque remporte le vote populaire assez largement.

Concernant la base totale de clients, il est vrai qu’ING Direct est la seule banque en ligne à franchir la barre du million, mais la majorité de ceux-ci était déjà présente avant le lancement du compte courant en 2009. Il n’empêche qu’avec 59 000 ouvertures de compte en 2015, ING Direct a bel et bien imprimé sa marque en France et peut se permettre avec raison de regarder vers le haut.

Quant à Fortuneo, si elle suit ING Direct de près en termes d’acquisition avec 55 000 nouveaux clients, ces chiffres sont à nuancer car ils incluent la Belgique, où l’enseigne est très présente.

Avec 20 000 ouvertures sur seulement 7 mois en 2015, BforBank semble avoir bien démarré son activité bancaire, surtout qu’un revenu net de 1 600€ mensuel au minimum est nécessaire. Toutefois, on peut imaginer que nombre de ces clients étaient déjà présents… Essai à transformer en 2016.

Enfin, Monabanq ferme la marche même si sa situation est un peu différente. Paradoxalement pionnière et peu connue du secteur, la banque en ligne basée dans le Nord a changé son fusil d’épaule en 2015. Suppression des conditions à l’entrée, prime de 80€ à l’ouverture et campagnes de publicité… Monabanq a sorti l’artillerie lourde et les chiffres de 2016 s’annoncent déjà en nette augmentation.

Quelle est la plus "grosse" banque en ligne ?

Sans surprise, ING Direct est la banque en ligne qui annonce le plus gros encours avec 15 milliards d’euros. Sa large base de clients venue de l’épargne au début des années 2000 n’y est certainement pas étrangère…

Rapportée à sa base de 1 million de clients, le client moyen possèderait donc 15 000€ dans les livres d’ING Direct.

Derrière, les deux banques issues du courtage en ligne Boursorama et Fortuneo jouent des coudes, avec cette dernière prenant de peu l’avantage avec 11,5 milliards d’euros contre 10 milliards pour Boursorama.

Malheureusement, les chiffres pour Hello bank! et Monabanq ne sont pas disponibles, mais on peut deviner qu’ils se situent assez loin derrière.

Enfin, BforBank communique sur 3,2 milliards d’euros d’encours, mais ce chiffre concerne l’année 2013.

Si l’encours géré est un critère de "poids", une autre perspective pour mesurer la taille de ces établissements est aussi de comparer les effectifs.

Nous n’avons pas réussi à obtenir ceux de Hello bank!, mais pour ce qui est de ses concurrentes :

Une nouvelle fois Boursorama remporte la palme.

Avec près du double de son plus proche poursuivant ING Direct, la domination de Boursorama se traduit donc bien dans les effectifs. Derrière, ING Direct consolide sa deuxième place au "classement général" tandis que les autres banques en ligne apparaissent plus modestes.

Une comparaison mérite d’être relevée ici : en prenant l’exemple d’ING Direct, on obtient 100 conseillers pour 1 000 000 clients, soit près de 10 000 clients par conseiller, chiffre qui à n’en pas douter ferait peur à n’importe quel directeur d’agence !

Vous vous demandez comment est-ce possible ?

Nous sommes ici au coeur du modèle des banques en ligne.

En d’autres termes, pour bénéficier des tarifs plus que réduits, le prérequis est d’avoir quelques notions bancaires de base comme savoir émettre un virement, comprendre la différence entre un livret A et un livret d’épargne non réglementé ou encore avoir une démarche pro-active pour contrôler ses comptes. Avec ses notions en main, aucun compte courant en ligne ne pourra vous résister…

Vous hésitez sur vos compétences ? La réponse est simple : si vous ne vous déplacez jamais dans votre agence, ou très rarement, c’est que vous êtes apte à bénéficier d’un compte en ligne, et c’est la raison pour laquelle le nombre de conseillers est relativement faible, car en définitive, il est probable que passé l’ouverture du compte, votre autonomie vous permette de vous passer complètement d’un conseiller.

Reste le cas de la souscription d’un crédit immobilier dans une banque en ligne. Si les banques n’hésitent pas à mettre en avant la disponibilité de leurs conseillers dans cette démarche, Boursorama Banque assure que dans 25% des cas, la souscription se déroule 100% en ligne ! Une preuve supplémentaire de la pénétration d’Internet dans les usages financiers…

Quelle profitabilité ?

La profitabilité des banques en ligne est un sujet sensible, et les données se font rares.

Ce que l’on sait avec certitude est que Boursorama Banque est la banque la plus rentable, avec 10,5 millions d’euros de profits en 2015. Et la banque est dans le positif depuis plusieurs années.

Mais concernant les autres établissements, à l’exception de Hello bank! qui assure avoir un Produit Net Bancaire positif grâce à la mutualisation de ses infrastructures avec BNP Paribas, tous les autres établissements n’atteignent pas encore l’équilibre financier.

Faut-il s’en inquiéter pour autant ? Certainement pas !

En effet, les banques en ligne appartiennent toutes à des grands groupes bancaires dont la solidité n’est plus à prouver.

Banques en ligne Maison mère
Boursorama Banque Société Générale
Fortuneo Banque Crédit Mutuel Arkea
ING Direct Groupe ING
Hello bank! BNP Paribas
BforBank Crédit Agricole
Monabanq Crédit Mutuel

Par conséquent, détenir par exemple un compte chez Monabanq revient exactement au même que détenir un compte au Crédit Mutuel du point de vue de la sécurité des avoirs.

Mais pourquoi continuer à financer des établissements qui perdent de l’argent ?

La réponse est simple : la bataille se joue aujourd’hui sur les parts de marché et sur l’établissement de marques fortes.

Car avec un Produit Net Bancaire total de 109 milliards d’euros en 2014, le gâteau bancaire est plus qu’appétissant…

Or, nous l’avons vu plus haut, les comportements des usagers bancaires changent rapidement et aucune banque ne peut prendre le risque de rater ce tournant, à la manière de Kodak lors de l’avènement du numérique.

Pour cette raison, à l’exception de Boursorama Banque, si les banques en ligne dépensent plus qu’elles ne gagnent (notamment par le biais d’offres de bienvenue de 80€ offerts), la stratégie est parfaitement assumée et c’est sur le long terme que les comptes se feront.

La banque en ligne dans 10 ans, quel futur ?

Contrairement aux banques traditionnelles qui ont trés peu évolué dans le temps, les banques en ligne sont nées avec Internet et suivre les révolutions technologiques fait parti de leur ADN.

Aujourd’hui, le changement le plus marquant est l’avènement du mobile.

Par exemple, ce n’est pas un hasard si la dernière née des banques en ligne, Hello bank!, communique sur le slogan "mobile comme vous". Quant au compte courant Soon par Axa Banque, il s’agit d’une application exclusivement mobile… en attendant l’arrivée d’Orange Banque qui promet d’aller encore plus loin dans cette tendance.

Donc si le mobile est la bataille d’aujourd’hui, quelle sera celle du futur ?

Au jeu des paris, pour Nextbanq, l’enjeu se portera essentiellement sur les services, et notamment sur le conseil. Voici nos pronostics :

  • Une intégration de la FinTech : importée des Etats Unis, la FinTech désigne l’utilisation de nouveaux outils technologiques appliqués à la finance. Les robots conseils sont à la mode, même en France (Yomoni, Advize, etc…). La promesse est de donner automatiquement des conseils boursiers et de pouvoir les appliquer très facilement en quelques clics.

    Bien entendu, nous attendons d’avoir des résultats solides sur la qualité des conseils avant de donner un avis définitif, mais intégrer directement la FinTech dans la banque en ligne (par exemple sur l’assurance vie) plutôt que de passer par un prestataire spécialisé nous apparaît comme une piste d’avenir.

  • Le "smartbanking" : prenons l’exemple d’un découvert bancaire ponctuel alors que le client possède dans cette même banque un livret largement créditeur…

    Ne serait-il pas plus judicieux de recevoir en temps réel un email ou un sms nous demandant notre autorisation pour puiser dans ce livret plutôt que de payer des frais inutiles ? Pas forcément dans l’intérêt des banques mais certainement dans celui des consommateurs, l’initiative serait certainement bien accueillie…

  • Le "data mining" au profit des grandes étapes de la vie : prenons par exemple Boursorama Banque et son service "Mon Patrimoine" qui permet d’agréger tous ses comptes existants (comptes bancaires dans les autres banques, les assurances vie, livrets, etc… mais aussi valeur du patrimoine immobilier) au même endroit.
    Le "data mining" est l’art d’exploiter cet incroyable vivier de données pour mener à bien diverses actions, souvent commerciales.
    On pourrait imaginer qu’une banque en ligne tire profit de ses informations et de celles de ses autres clients pour par exemple nous donner des informations précises par rapport à notre future retraite.
    Est-ce que j’épargne suffisamment ? Quel montant de retraite puis-je obtenir ? Suis-je "dans les clous" par rapport à mon âge et ma situation personnelle ? A la différence du conseiller en agence bancaire qui va essayer de vous vendre des produits d’épargne retraite, l’utilisation de ces données de manière anonyme permettrait de donner une vision de long terme à son épargne et donc d’éduquer, ou tout du moins de mettre le pied à l’étrier, sur la finalité de notre argent par rapport aux grandes étapes de la vie (retraite mais aussi naissances, mariage, prise d’une année sabbatique, etc…).

Sans aucun doute, l’immense mérite des banques en ligne a été de mettre un coup de pied dans la fourmilière bancaire française. Même si ce sont toujours les mêmes grands groupes qui sont à la manoeuvre, espérons que l’écoute du client soit le principal moteur d’innovation et de différentiation.

Ainsi, nous nous rapprocherons d’une banque à la fois disponible en quasi temps réel sur tous les supports, très peu chère et avec des conseils adaptés à sa situation personnelle, en dehors de toute velléité purement commerciale. Un doux rêve ? Rendez-vous dans 10 ans !

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